La route

C’est une histoire banale, je dirais quotidienne,

L’histoire d’un homme normal, qui doit avoir la trentaine.

Il passe une grande part de son temps, j’l’admets c’est un drôle de passe-temps

A courir après l’bus qu’il rate bien trop souvent.

Ce jour-là en avance, il se dit que c’est la bonne,

Qu’il l’aura ce foutu bus qui sans cesse l’abandonne.

Mais non comme à chaque fois, énervé, souffle court

Il s’assied sur le banc bien trop froid comme toujours.

Il regarde les voitures qui passent sur l’avenue

Elles roulent toutes au même rythme dans une file continue

Il imagine des choses, il commence à penser

Aux gens qui les conduisent, toujours un peu pressés.

Où vont-ils tous ces gens, et d’où est-ce qu’ils arrivent

Quel passé, quel présent, jusqu’où est-ce qu’ils se suivent ?

Vers quel avenir roulent-ils ? Celui des grands discours

Des grands politiciens plein de promesses pour toujours.

 

Mais quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses…

 

Qu’est-ce qui prouve qu’enfin arrivés au bout de la rue

Ils cessent pas d’exister en quittant mon champ de vue ?

Qu’est-ce qui prouve qu’il y a quelque chose et qu’il n’y a pas plutôt rien ?

Moi j’vois pas le bout de la rue et j’vois pas d’où elle vient.

Paraît qu’l’univers aussi a une forme de banane

Et qu’il s’étend dans l’vide comme cette route qui se fane

Et des scientifiques disent qu’il se refermera un jour

Sur lui-même et sur nous et fini pour toujours.

En même temps, l’univers il se gère très bien sans nous.

C’est nous qui sommes des cons à sans cesse nous prendre le chou,

A pondre des théories, à poser  des pourquoi.

En fait qu’est-ce qu’on s’en fout puisqu’on pense tous qu’à soi.

D’ailleurs tout ce qu’on apprend dans les bouquins d’histoire,

C’est que tout n’arrive que grâce à ceux qui veulent pouvoir,

Et qu’il faut surtout pas oublier qu’en dernier recours

Les leçons de l’histoire nous sauveront tous un jour.

 

Mais quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses…

 

C’est bien de savoir tout ça, c’est sûr ça réconforte,

Il y a quelque chose de plus grand au-dessus de cette vie qu’on porte.

Pourtant j’vois que des voitures, qui s’en viennent et s’en vont

Comme autant de petits mondes dans des boîtes en carton,

Avec des petites montagnes, des mers et puis des plaines,

Qui tournent un peu en rond, et qui s’agitent à peine.

Et des psychologues disent qu’avec beaucoup d’amour

On pourra s’évader d’nos petites boîtes pour toujours.

 

Mais quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses…

 

Toujours les mêmes voitures, j’sais vraiment plus quoi croire

Heureusement on arrive à la fin de mon histoire

Et l’bus qui n’arrive pas l’horaire a dû se tromper

J’crois bien qu’encore une fois j’vais devoir rentrer à pieds

Quand j’pense que tous les jours j’dois me farcir cette avenue

Et comme j’habite juste là-bas, j’vois jamais le bout de la rue

J’sais pas pourquoi j’persiste à prendre un aller-retour

Vu que j’dois me la faire à pieds, cette route, pour toujours…

 

Mais quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses, quelles promesses…